On assiste à de nombreuses descentes de police dans les “mauvais lieux” utilisés pour la drague et les ébats furtifs : jardins des Tuileries (c’est le principal lieu de drague du Paris de l’Ancien Régime, socialement très mixte), berges de la Seine (où tapinent les laquais), jardins du Luxembourg, demi-lune de la porte Saint-Antoine, cabarets disposant de petits cabinets. Les interrogatoires de la police sont relativement poussés : on cherche à savoir l’origine de la “ corruption ” ou de l’ “ initiation au vice ”, on s’informe sur la nature précise des actes qui ont été commis, on tient un compte rigoureux des “ coïts ”, “ manualisations ”, éjaculations, on fait promettre aux individus arrêtés, généralement tremblants de honte, de “ se corriger ” et on leur fait signer une “ soumission ”. Les peines sont variables : admonestation ou “ mercuriale ”, détention (de huit jours à deux mois en moyenne, la peine pouvant être prolongée à la demande des familles à la condition qu’elles payent l’entretien du détenu), très rarement procès, plus rarement encore condamnation à mort (les deux derniers condamnés brûlés vifs pour des actes de sodomie non aggravés de violence et d’assassinat sont Jean Diot et Bruno Lenoir, un cordonnier et un gagne-deniers, arrêtés par une escouade du guet en pleine action, rue Montorgueil, en janvier 1750). La sévérité de la police est bien évidemment adaptée au niveau social des arrêtés : les gentilshommes pris sur le vif ont droit tout au plus à une admonestation polie ; les ecclésiastiques sont déférés à leurs supérieurs, qui en général laissent courir ; les pères de famille et les adolescents sont longuement sermonnés mais libérés assez vite ; quant aux gens de peu, ils peuvent se retrouver à Bicêtre. Cette énorme activité permet à la police de faire pour le “ ministre de Paris ” (le secrétaire d’État à la maison du roi) des estimations relativement précises du nombre des “ sodomites ” parisiens (le lieutenant-général Lenoir en compte 20 000 en 1725, le commissaire Foucault 40 000 en 1783) et des listes de gens de qualité homosexuels, dénoncés par leurs domestiques ( “ on sait qu’il en est par ses gens ”, “ il fait ses parties avec ses gens ” ).
Londres, à la même époque, connaît une activité policière du même type : depuis 1699, la police fait des descentes dans les molly-houses (maisons de rendez-vous où des hommes des classes moyennes et populaires se travestissent, imitent des mariages et s’ébattent librement). La plus célèbre de ces opérations a lieu en 1726 : des dizaines de personnes sont arrêtées, livrées ensuite au pilori et aux fureurs de la foule ; il s’ensuit aussi plusieurs procès retentissants (sodomy trials) et trois condamnations à la pendaison. Par ailleurs, la police anglaise ne recule pas plus que la française devant le traquenard et l’utilisation d’agents provocateurs.